Impact du transport des marchandises
sur les émissions de gaz à effet de serre

 

13 janvier 2004 pour Courts Circuits
Sylvain Beretz - sylvain.beretz@voila.fr

 

L’effet de serre

L'effet de serre désigne la caractéristique qu'a notre basse atmosphère d'intercepter 95% des infrarouges émis par la surface terrestre, conduisant le sol à recevoir deux fois de l'énergie sous forme de rayonnement : une première fois en provenance directe du Soleil, et une deuxième fois en provenance de l'atmosphère elle-même chauffée par les infrarouges interceptés. L’effet de serre est vital, puisque sans lui, la température moyenne de la surface terrestre serait de l'ordre d'une trentaine de degrés en dessous des températures actuelles (vers -15°C plutôt que vers +15 °C).

Cet effet dépend directement de la présence dans l'air - à des concentrations néanmoins très faibles - de certains gaz, pour l'essentiel la vapeur d'eau (mais l'homme a très peu d'influence directe sur sa concentration atmosphérique) et le CO2, ou gaz carbonique, dont notre espèce a augmenté la concentration dans l'air de 30% en un siècle et demi par rapport au plus haut niveau atteint sur les 400.000 dernières années, avec des émissions atteignant aujourd'hui presque 7 Gt (7.109 t) de carbone. Notons que la quantité d'énergie consommée par Terrien a également été multipliée par 7 en un siècle et de façon très inégale en fonction des pays.

Les gaz à effet de serre

Les gaz à effet (GES) de serre produits par l’homme sont :

 

La contribution des différents GES au réchauffement

Pour chacun des gaz à effet de serre on a la possibilité de calculer un "pouvoir de réchauffement global" ou PRG dont le principe est de donner l'impact radiatif qu'aura l'émission d'un volume donné de ce gaz dans l'atmosphère. Ce PRG est calculé sur la base d'un horizon fixé à 100 ans afin de tenir compte de la durée de séjour des différentes substances dans l'atmosphère ; il est exprimé en fonction de celui du gaz carbonique.

Gaz

Durée de vie dans l’atmosphère

PRG relatif par rapport au CO2

CO2

125 ans

1

CH4

12 ans

21

N2O

150 ans

310

HFC

?

140 à 11700 ; 1300 pour le HFC-134A, le plus couramment utilisé

CFC

120 ans

16000

PFC

jusqu’à 50.000 ans

6500 à 9200 ; 7100 à 7300 pour les plus utilisés

SF6

?

23 900

 

En croisant les quantités émises en France de chaque gaz à effet de serre avec son PRG, on en vient à ce qui suit :

 

Le CO2,à lui seul, représente 69 % du pouvoir de réchauffement global. Comme il est aussi le principal (95,5%) gaz à effet de serre émis par les transports, nous allons nous concentrer sur ce dernier.

 

Réduction des émissions de CO2 et évolution des températures

Les océans et les forêts sont des puits à CO2 ; ils absorbent le CO2 émis naturellement par la terre (et la vie sur terre) et une partie des émissions dues à l’homme. Cette dernière est estimée au mieux à 2 ou 3 Gt/an d’équivalent carbone, hors nous en émettons actuellement 7 Gt, et ces émissions continuent d’augmenter. Réduire nos émissions de CO2 de 7 à 3 Gt/an n’arrêterait pas le changement climatique, puisque les excès de gaz à effet de serre s’accumulent déjà dans l’atmosphère depuis des décennies. Cette réduction permettrait seulement d’amoindrir la concentration finale de CO2, et donc de « limiter les dégâts ». Cette réduction de nos émissions est donc un devoir de solidarité avec les futurs Terriens.

La communauté scientifique internationale, estime qu’au cours de ce siècle, la température moyenne sur terre pourrait augmenter de 1,5 à 6°C. Ceci dépend de la date à laquelle on stabilisera nos émissions de GES à un niveau que la terre peut assumer.

N.B. : 4 à 6 °C de différence ont suffit à passer d’un climat glaciaire au climat tempéré que nous connaissons. Un augmentation de 2°C nous amènerait à une température jamais atteinte depuis plus de 100.000 ans et représenterait une augmentation cent fois plus rapide que toutes celles observées durant l’ère quaternaire.

 

Les différents protocoles internationaux n’étant pas suffisant et jamais appliqués, nos émissions de GES sont en perpétuelles augmentations.

 

Qui émet des gaz à effet de serre ?

 

Répartition des émissions brutes de gaz à effet de serre en France en 1998 (CO2, CH4, N2O, et gaz fluorés). CITEPA, 1999

(*) les transports internationaux ne sont compatabilisés que pour une toute petite partie des émissions afférentes

 

Comme on le constate, les émissions de gaz à effet de serre en France sont bien réparties entre toutes les activités. Si il y a de gros progrès à faire sur la gestion, la production de l’énergie et sur l’efficacité énergétique, il n’y a pas d’énergie miracle. Toutes les activités polluent et pollueront toujours. D’ailleurs, l’augmentation de la consommation de produits et du train de vie des terriens va beaucoup plus vite que l’amélioration des technologies qui pourrait nous aider à réduire nos émissions.

Combien chacun ?

Équitablement réparti, le "plafond" de 3 Gt d'équivalent carbone pour 6 milliards d'habitants conduit chaque Terrien à disposer d'un "droit à émettre sans perturber le climat" de 500 kg équivalent carbone par an de gaz carbonique fossile. Cela représente moins de 10% des émissions d'un Américain (base 1998), 15% de celles d'un Allemand ou Danois, 20% de celles d'un Anglais, 25% des nôtres, 50% de celles d'un Mexicain, 60% de celles d'un Chinois (déjà) mais 120% de celles d'un Indien et 20 fois celles d'un Népalais.

Avec les technologies en usage, ce plafond est atteint dès que l'on a :

·        fait un aller-retour de Paris à New York en avion, ou

·        consommé 2.500 kWh d'électricité en Grande Bretagne, ou 22.000 kWh en France, ou

·        acheté de 50 à 500 kg de produits manufacturés ou d'emballages, ou

·        utilisé 2 tonnes de béton (une maison moderne de 100 m2 en nécessite 17), ou

·        conduit pendant 4 à 6 mois une petite voiture en zone urbaine, ou 1 à 2 mois une voiture plus puissante tel un 4x4, ou

·        consommé 1.000 m3 de gaz naturel (soit quelques mois de chauffage d'une maison), ...

Pour donner un tour plus concret au propos, voici quelques éléments de notre "mode de vie" qui sont clairement incompatibles avec le fait de parvenir à stabiliser la concentration en CO2 dans l'atmosphère :

·        loger chaque Terrien dans 30 m2 chauffés au fioul ou au gaz ,

·        habiter loin de son travail (ou de l'école de ses enfants) et ne pouvoir s'y rendre qu'en voiture,

·        disposer de produits manufacturés en abondance et pas chers,

·        pouvoir prendre l'avion,

·        manger 100 kg de viande rouge par personne et par an, ou des tomates en février (la tomate n'étant pas précisément un légume d'hiver, en manger en février signifie soit une importation de très loin ( éventuellement par avion ) soit une culture sous serre, alors chauffée, puis un transport par camion et dans tous les cas de figure des émissions en quantités significatives).

D'où une première marge de manœuvre, à la fois la plus efficace et la plus difficile à mettre en oeuvre : ne plus souhaiter toujours plus sur le plan matériel, mais nettement moins.

Transports de marchandises et gaz à effet de serre

Les transport de marchandises en France se font à 75% par la route, 22% par le rail et 3% par la voie d’eau.

Un camion émet 80 grammes équivalent carbone par tonne de marchandise et par kilomètre : geC/(t.Km) contre entre 3 et 40 geC/(t.Km).

Traduction :

·        1Kg de riz de Camargue va parcourir 500 Km ( ?? ) par camion en transitant par Lyon pour arriver dans le Pays de Gex. Ce qui représente environ 40 geC/(t.Km).

·        1Kg de riz de Thaïlande va parcourir 100 Km ( ??) en Thaïlande pour arriver au port, 15000 Km ( ???) de la Thaïlande à Marseille par le canal de Suez, puis 500 Km de Marseille au PdG, soit au minimum 93 geC/(t.Km).

 

Webographie :

 

·   Jean-Marc Jancovici, consultant énergie et environnement : www.manicore.com

·   Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie : www.ademe.fr

·   Réseau Action Climat France : www.rac-f.org

·   World resource Institute : www.wri.org

·   Centre interprofessionnel technique d’étude de la pollution atmosphérique : www.citepa.org

·   Intergovernmental panel on climate change: www.ipcc.ch